Enregistrement protégé au crash
ED-112B : ce qui a changé depuis l'ED-112A pour les enregistreurs protégés au crash
Pendant dix ans, l'ED-112A a été la référence des enregistreurs de vol protégés au crash. Celle qui lui succède, l'ED-112B, garde l'enveloppe de crash que tout le monde connaît — 3 400 g, une heure à 1 100 °C — et change une bonne partie de ce qui l'entoure : des essais en mer plus longs, un enregistrement du poste de pilotage plus long, de nouvelles fonctions d'enregistrement, des données de vol transmises hors de l'avion, et des règles pour les outils qui relisent un enregistreur après un accident. Voici ce qui a changé, et ce que cela signifie pour un programme.
De l'ED-112A à l'ED-112B
L'EUROCAE ED-112A, publiée en septembre 2013, est la spécification de performances minimales des systèmes d'enregistrement de bord protégés au crash : données de vol, voix du poste de pilotage, images et messages de liaison de données. L'ED-112B la remplace. Préparée par le groupe de travail 118 de l'EUROCAE, elle a été publiée en 2023 ; son Change 1, approuvé en décembre 2024, a refondu les critères de survie et les essais en mer, et l'EUROCAE diffuse désormais la norme en un seul document qui intègre ce changement.
L'architecture est conservée et étendue : une section commune, des sections pour les enregistreurs éjectables, les enregistreurs combinés et l'alimentation autonome de l'enregistreur, puis une partie par fonction d'enregistrement. L'ED-112B ajoute une section sur la transmission des données des enregistreurs et une cinquième partie, sur l'enregistrement de l'interface entre l'équipage et l'avion. Son avant-propos liste les autres évolutions : une structure harmonisée, une couverture élargie des équipements de soutien au sol et des équipements des enquêteurs, des exigences étendues sur l'enregistreur phonique et l'évaluation de la qualité audio, des tables de paramètres de vol mises à jour, une partie images largement revue avec la capture d'écran, et la suppression des types d'enregistreurs de données de vol.
Ce qui ne change pas : l'enveloppe de crash
Les essais mécaniques et thermiques qui définissent un module mémoire protégé sont repris aux mêmes niveaux. Pour un enregistreur fixe :
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| Essai | ED-112A | ED-112B |
|---|---|---|
| Choc | 3 400 g, demi-sinus, 6,5 ms | Inchangé |
| Attache de balise, cisaillement et traction | 26,7 kN (6 000 lb) dans chaque direction | Inchangé |
| Résistance à la pénétration | 227 kg lâchés de 3 m sur une tige d'acier de 6,35 mm | Inchangé |
| Écrasement statique | 22,25 kN (5 000 lb) pendant 5 minutes | Inchangé |
| Feu à haute température | 1 100 °C pendant 60 minutes, au moins 158 kW/m² | Inchangé |
| Feu à basse température | 260 °C pendant 10 heures | Inchangé |
| Tenue en grande profondeur | 60 MPa, environ 6 000 m, pendant 30 jours | 60 MPa pendant 90 jours — ou 24 heures, 90 jours en eau de mer, 24 heures |
| Immersion en eau de mer | 30 jours, sur le même module fermé que l'essai de pression | 90 jours entre 1 et 3 m et entre 25 et 35 °C, module ouvert, en séquence propre |
L'écrasement s'applique en au moins quatre points, faces et diagonales principales comprises — sept essais pour un module parallélépipédique — et l'immersion dans les fluides clôt les deux séquences de feu, sauf si la mémoire a été essayée à part contre ces fluides. Une conception qualifiée ED-112A part donc d'un terrain connu : ce qui change, c'est l'eau.
La mer, essayée pendant 90 jours
L'ED-112B organise la démonstration de survie d'un enregistreur fixe en quatre séquences. Trois commencent par les mêmes essais mécaniques — choc, cisaillement et traction de l'attache de balise, pénétration, écrasement — et se terminent par le feu à haute température, le feu à basse température ou la tenue en grande profondeur. La quatrième est nouvelle : l'immersion en eau de mer, module ouvert.
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La pression de grande profondeur reste de 60 MPa, celle d'environ 6 000 m, mais pendant 90 jours au lieu de 30. Comme les caissons hyperbares capables de tenir la pression trois mois sont rares, le Change 1 admet une variante sur le même module, gardé fermé : 24 heures sous pression, 90 jours en eau de mer chaude, puis à nouveau 24 heures sous pression. La norme donne sa raison : l'eau chaude corrode plus vite, et le second essai de pression montre si la corrosion a affaibli l'enveloppe.
L'immersion module ouvert suppose le pire en mer : le blindage percé par l'accident. Le module est ouvert et rempli d'eau de mer, la mémoire reste à l'intérieur, et l'ensemble passe 90 jours entre 1 et 3 m de profondeur, entre 25 et 35 °C. Ce qui est essayé n'est plus l'étanchéité de l'enveloppe mais la mémoire, sa carte et ses connexions dans l'eau salée. La norme accepte une démonstration à la place, s'il peut être montré que le support d'enregistrement résiste à l'eau de mer ; en pratique, l'essai est souvent le chemin le plus court.
Les critères de récupération sont explicites. Après les séquences de feu à haute température, de grande profondeur et d'immersion, les données doivent revenir avec de simples réparations, comme le remplacement du faisceau du module protégé, sans ressouder de composant mémoire. Après le feu à basse température, les composants mémoire peuvent être déposés et lus séparément.
Enregistrement phonique : jusqu'à 25 heures, et une intelligibilité mesurée
En 2016, l'OACI a adopté une norme exigeant des enregistreurs phoniques qui conservent les 25 dernières heures, pour les avions de plus de 27 000 kg en transport aérien commercial ou en aviation générale internationale, dont le premier certificat de navigabilité est délivré à partir du 1er janvier 2022. L'ED-112A, publiée en 2013, est antérieure à cette décision ; l'ED-112B en reprend les dispositions. Elle définit six classes d'enregistreur phonique selon la durée : 30 minutes, 60 minutes, 2, 10, 15 et 25 heures.
La qualité audio se mesure désormais avec l'indice de transmission de la parole (STI) de la CEI 60268-16. L'essai porte sur l'enregistreur lui-même, sur chaque voie où il numérise le son ou modifie une entrée numérique, par exemple en réduisant la fréquence d'échantillonnage, et chaque voie doit atteindre l'indice minimal que la norme lui fixe.
Données de vol : des tables mises à jour, des types supprimés
La partie données de vol garde son rôle : enregistrer les paramètres qui permettent de déterminer la trajectoire, la vitesse, l'assiette, la puissance des moteurs, la configuration et la conduite de l'avion. Ses tables de paramètres sont mises à jour, et les références aux types d'enregistreurs de l'OACI disparaissent, car l'OACI ne les distingue plus. La liste des paramètres qu'un appareil doit enregistrer vient toujours des règles d'exploitation de sa catégorie, pas de la norme d'enregistreur.
Images : la capture d'écran fait son entrée
La partie images est largement réécrite. À côté des caméras, elle couvre désormais la capture d'écran : enregistrer ce qu'affichent les écrans de l'équipage, une fois le signal sorti de l'équipement source. Un système de capture d'écran enregistre tout ce qui est affiché, champs vides compris, avec la résolution et les couleurs que voit l'équipage, ainsi que la position des commandes virtuelles comme un bouton sur un écran tactile. S'il enregistre toutes les pages d'un écran, il doit indiquer celle qui était réellement affichée. Un enregistreur d'images conserve au moins 2 heures, ou la durée de la fonction de liaison de données ou de données de vol qu'il remplace.
La norme garde son ordre de préférence : un paramètre enregistré explicitement par l'enregistreur de données de vol est plus précis et plus exploitable que la même valeur lue sur une image. Les enregistreurs d'images légers restent du ressort de l'ED-155.
Enregistrer ce que l'équipage voit et touche
La partie V, sur l'interface entre l'équipage et l'avion, est nouvelle. Les enregistreurs de données et de voix disent ce qu'a fait l'avion et ce qu'a dit l'équipage, mais rarement ce que l'équipage voyait sur ses écrans et quelles commandes il a actionnées. La nouvelle partie couvre les écrans, les sélections sur écran tactile, les affichages tête haute et les systèmes de vision améliorée, ainsi que la manœuvre des interrupteurs et sélecteurs.
- Les moyens peuvent se combiner : l'enregistreur de données de vol pour la position des commandes, la capture d'écran, les enregistreurs d'images, les enregistreurs de bus, les caméras.
- L'enregistrement comprend au moins les écrans de pilotage principaux (PFD).
- Le décalage entre ces enregistrements doit être connu à 0,25 s près.
- Un interrupteur actionné moins de 250 ms peut échapper à l'enregistrement ; la norme recommande de maintenir le signal plus longtemps que l'action elle-même.
- La capture d'écran seule ne suffit pas : elle ne voit pas les interrupteurs et sélecteurs physiques.
Des données de vol transmises hors de l'avion
La nouvelle section 6 traite de la transmission des données des enregistreurs, destinée à récupérer vite les données quand un appareil est perdu en eau profonde, en montagne ou dans une zone difficile d'accès. Elle complète les enregistreurs de bord et ne les remplace pas. Elle définit deux classes :
- Classe T, déclenchée : le système garde au moins 20 minutes d'historique en mémoire tampon et commence à transmettre moins d'une seconde après un événement déclencheur, historique et données en direct ensemble.
- Classe C, continue : le système transmet en quasi temps réel dès avant le décollage, sur une liaison capable d'écouler au moins 1,2 fois le débit auquel les données sont produites.
Cinq types disent ce qui est transmis : voix, données de vol, liaison de données, images ou interface équipage. Le système doit comporter une mémoire non volatile et ne pas perturber les enregistreurs de bord ; le système sol qui reçoit les données sort du champ de la norme.
Outils de lecture : ce que les enquêteurs peuvent attendre
L'ED-112B distingue les équipements de soutien au sol, avec lesquels les exploitants déchargent les enregistreurs en état de marche, des équipements des enquêteurs, qui lisent les enregistreurs endommagés et les enregistrements peut-être effacés. Elle fixe des règles aux deux, pour concilier cybersécurité et accès des enquêteurs :
- Les liaisons chiffrées entre l'outil et l'enregistreur sont permises.
- Les outils fournis aux autorités d'enquête ne doivent pas chiffrer les données qu'ils déchargent, et doivent déchiffrer les données qu'un exploitant a choisi de chiffrer.
- Ces outils ne demandent aucun mot de passe, sauf pour les fonctions qui effacent définitivement des enregistrements, et ce mot de passe est documenté pour les enquêteurs.
- Les outils fournis aux exploitants doivent protéger la relecture du son et des images par un mot de passe géré par l'exploitant.
- Les équipements devraient être disponibles dès la mise en service de l'enregistreur, avec des composants mémoire d'exemple pour vérifier qu'ils fonctionnent.
Pour un constructeur, la chaîne de récupération fait partie de la conformité : l'enregistreur n'est pas terminé tant qu'un enquêteur ne peut pas le lire, des années plus tard, sans rien demander à personne.
Ce que cela signifie pour un programme
- Lisez l'édition — et le Change — cités par votre base de certification ou votre contrat. L'ED-112B avec Change 1 n'a pas les mêmes essais en mer que l'ED-112B sans.
- Réutilisez ce qui peut l'être. Les niveaux de choc, de pénétration, d'écrasement et de feu n'ont pas bougé : les preuves ED-112A existantes peuvent appuyer une analyse d'écart, à condition que les séquences d'essais et les spécimens correspondent à ce que demande l'ED-112B.
- Prévoyez la mer. Les essais en mer durent au moins trois mois, plus les essais de pression et la relecture ; ce sont eux qui fixent la date de fin d'une campagne de qualification. Lancez-les tôt, et prévoyez un spécimen à ouvrir.
- Vérifiez les voies audio au regard de l'indice de transmission de la parole, et dimensionnez la mémoire pour la classe d'enregistreur phonique dont votre appareil a besoin.
- Fournissez des outils d'enquête sans mot de passe et sans chiffrement, et documentez le mot de passe d'effacement.
- Capture d'écran, enregistrement de l'interface équipage et transmission des données ne s'appliquent que si vos règles les exigent : l'ED-112B dit comment, pas si.