Conception & architecture
Rédiger le cahier des charges d'un enregistreur embarqué : la checklist
Un cahier des charges d'enregistreur est jugé deux fois : par les fournisseurs qui y répondent, puis par l'équipe d'essais qui vit avec ce qu'elle a acheté. Cette checklist reprend ce qu'il faut écrire, dans l'ordre où les questions reviennent — et ce qu'il vaut mieux laisser de côté.
Partir des données, pas du boîtier
La première section d'un bon cahier des charges décrit l'essai ou la mission, pas l'équipement : ce que l'appareil va faire, ce qu'il faut mesurer, et à quoi sert l'enregistrement — l'analyse après chaque vol, le suivi en direct depuis le sol, la preuve après un incident. Toutes les lignes suivantes en découlent, et un fournisseur qui l'a comprise peut proposer mieux que ce qui était demandé.
1. Entrées et voies
- La liste des voies, par famille : analogiques avec leur type de capteur et leur conditionnement (jauge, thermocouple, IEPE, tension), discrets, bus avioniques (MIL-STD-1553, ARINC 429, ARINC 717), liaisons série, PCM, Ethernet, vidéo et audio.
- Pour chaque famille, le nombre, la cadence d'échantillonnage ou de rafraîchissement, la résolution et la bande passante utile : les chiffres qui fixent le débit.
- Pour les bus : écoute seule, ou aussi émission ? Les deux lignes d'un bus redondant ? Tous les messages, ou une sélection ?
- Pour la vidéo : le nombre de caméras, leur interface (HD-SDI, IP), la résolution et la cadence d'images, et si l'image est compressée à bord.
- Une marge de croissance : les voies que la campagne suivante ajoutera coûtent moins cher en emplacement libre qu'en second boîtier.
2. Le temps
- La référence de temps : horloge interne, entrée IRIG-B, GPS, PTP sur le réseau — et ce que fait l'enregistreur quand il la perd.
- La précision nécessaire entre voies, et par rapport aux autres systèmes du bord, donnée en chiffre.
- Si l'enregistreur doit aussi fournir le temps à d'autres équipements.
3. Capacité et enregistrement
- Le débit total et le vol le plus long, avec une réserve. Le calcul prend cinq minutes et décide du support.
- Le format d'enregistrement : un format ouvert comme l'IRIG 106 Chapter 10, lu par tout logiciel conforme, ou un format propriétaire — et alors, avec quel logiciel il se lit.
- Le démarrage et l'arrêt : automatiques à la mise sous tension, sur un discret, depuis une télécommande ; un marquage d'événement si l'équipage doit signaler un instant.
- Le comportement sur coupure d'alimentation : ce qui doit encore être sur le support, et en combien de temps l'enregistrement reprend.
4. Support, déchargement et sécurité
- Cartouche amovible ou mémoire fixe, et la façon de récupérer les données : lecteur de cartouche, Ethernet, sur l'appareil ou au banc.
- Le chiffrement du support si les données sont sensibles, et la gestion des clés.
- L'effacement : un effacement rapide entre deux vols, un effacement vérifié, une destruction physique en fin de vie — trois exigences différentes, souvent écrites comme une seule.
- Le logiciel sol : quel outil ouvre les données, sur quels ordinateurs, sous quelle licence, et qui devra encore pouvoir les lire dans dix ans.
5. Protection au crash, si les données doivent survivre
- Si l'enregistrement doit survivre à un accident. Si oui, citer la norme : EUROCAE ED-112A pour l'enveloppe complète de protection au crash (ou ED-112B si le programme l'exige), ED-155 pour les installations légères.
- Quelles données doivent se trouver dans la mémoire protégée, et sur quelle durée : les deux dernières heures, les vingt-cinq dernières, le vol entier.
- Une balise de localisation sous-marine si l'appareil vole au-dessus de l'eau.
- La récupération : qui lit la mémoire protégée après un événement, comment, et en combien de temps.
6. Environnement et CEM
- La norme et son édition — DO-160G, MIL-STD-810H, MIL-STD-461G — puis, section par section, la catégorie ou la procédure.
- La zone d'installation réelle : température, profil de vibrations, altitude et décompression, humidité, fluides.
- La compatibilité électromagnétique et la foudre : émissions, susceptibilité, effets indirects de la foudre — les sections où se juge un enregistreur installé près des radios.
- La preuve attendue : un rapport de qualification sur la même définition, une déclaration de similarité avec une définition qualifiée, ou de nouveaux essais sur cette unité. Exiger de nouveaux essais là où la similarité suffit coûte des mois.
7. Alimentation, installation et exploitation
- La tension d'alimentation et la norme qu'elle suit (section 16 de la DO-160, MIL-STD-704), la consommation, et le temps de maintien sur une coupure.
- La masse, l'encombrement, la fixation (plateau ou équerres), les connecteurs et leurs détrompages, le refroidissement (convection, conduction, air forcé).
- L'interface opérateur : télécommande, discrets d'état, voyants — ce que l'équipage doit voir, et ce qu'il ne doit pas pouvoir faire.
- La télémesure ou la diffusion en direct, si le sol doit suivre le vol.
8. Documents et soutien
- Le document de contrôle d'interface, le plan d'installation, le manuel d'utilisation, les rapports d'essais de qualification et de réception, et la déclaration de conception et de performances quand la certification la demande.
- La réception : ce qui est testé sur chaque unité livrée, où, et devant qui.
- Le soutien : sur quelle durée, le délai de réparation, les rechanges, et ce qui se passe quand un composant devient obsolète.
Ce qu'il vaut mieux laisser de côté
Un chiffre de catalogue recopié comme exigence : il écarte toutes les autres conceptions sans raison. Une technologie à la place d'un besoin : « SSD » là où le besoin est « amovible, 500 Go, chiffré ». Et un document où chaque ligne est obligatoire : marquez chaque exigence obligatoire ou souhaitable, et demandez une matrice de conformité avec un commentaire par ligne. C'est dans les commentaires que les réponses diffèrent.