Histoire & héritage
De la mer à l'aéronautique : les origines d'ETEP
Fondée en 1979 à Toulon par l'ingénieur électronicien Jean-Patrick Caille, l'entreprise a d'abord développé des équipements pour la Marine nationale : centrales d'acquisition pour hydrophones, systèmes d'enregistrement sonar et bancs de tests informatisés. En parallèle, elle s'est intéressée à la mesure physiologique, apprenant à recueillir et à enregistrer les signaux de très faible amplitude du corps humain. Ces deux domaines ont forgé le savoir-faire qui se retrouve aujourd'hui dans ses enregistreurs embarqués, conçus pour fonctionner en vol et, pour certains, préserver les données en cas d'accident.
Un ingénieur et la mer
Ingénieur électronicien, Jean-Patrick Caille fonde ETEP en 1979 à Toulon, principal port de la Marine nationale. L'entreprise travaille pour la Marine dès ses débuts. Elle reste à Toulon jusqu'en 2006, puis s'installe à Cuers, à une vingtaine de kilomètres de là, où elle est toujours implantée.
Ses premiers instruments répondent aux exigences du milieu marin : écouter, mesurer et enregistrer en mer, loin des conditions maîtrisées d'un laboratoire.
Les premiers équipements pour la Marine nationale
Les premières réalisations d'ETEP couvrent plusieurs besoins :
- Des centrales d'acquisition pour hydrophones. Ces microphones sous-marins servent aux mesures en mer. Les centrales permettent de recueillir simultanément les signaux des hydrophones d'une même antenne — jusqu'à 45 sur l'une d'elles —, de surveiller le niveau de chaque voie à l'écran, de conditionner les signaux et de les enregistrer en continu.
- Des équipements pour les systèmes sonar. Enregistrement, traitement du signal et conditionnement constituent déjà le cœur du métier d'ETEP.
- Des bancs de tests psychotechniques informatisés. La Marine nationale les utilise pour la sélection de son personnel : les questions s'affichent à l'écran et les réponses sont enregistrées par le système.
Les signaux des hydrophones et des systèmes sonar sont de faible amplitude, bruités et continus. Pour être pleinement exploitables, ils doivent être enregistrés dans leur intégralité. ETEP développe ainsi une exigence qui restera la sienne : une amplification à faible bruit, un conditionnement soigné et aucune perte de données entre le capteur et l'enregistrement.
Dès cette époque, l'entreprise réalise de nombreuses chaînes d'acquisition complètes. Chacune est livrée avec un logiciel dédié, développé en interne pour l'application concernée. Concevoir ensemble le matériel et le logiciel, au sein d'une même équipe, devient une méthode de travail durable.


Un second domaine : la mesure physiologique
En parallèle, ETEP applique son savoir-faire en électronique à la mesure physiologique. Comme ceux des hydrophones, les signaux du corps humain sont de faible amplitude et soumis au bruit : quelques microvolts seulement pour les signaux recueillis sur le cuir chevelu. Il faut pouvoir les enregistrer tout en laissant à la personne sa liberté de mouvement et en limitant la gêne occasionnée.
Les enregistreurs ambulatoires, portés par la personne, permettent de recueillir plusieurs heures de signaux au cours de ses activités quotidiennes. D'autres systèmes d'acquisition numérisent l'activité musculaire et cérébrale — EMG et EEG — pour les laboratoires de recherche, les services de santé et la médecine aéronautique.
Les premiers appareils portables entrent en production en 1980. En 1982, ETEP lance le 816H Multiplex, un enregistreur-lecteur portable destiné à une large gamme de signaux et de mesures physiologiques : EEG, ECG, EOG, température et pression. Il compte parmi les premiers enregistreurs portables à multiplexer plusieurs voies sur une seule bande magnétique.
Plusieurs voies, une seule bande et une base de temps commune : le principe à l'origine du nom D.T.MUX est déjà présent.
De la mer au ciel
Enregistrer fidèlement pendant de longues périodes, dans un boîtier portable capable de supporter les chocs et de fonctionner sans intervention : les compétences acquises par ETEP répondent aussi aux exigences de l'enregistrement d'essais embarqué.
Dans les années 1990, l'entreprise développe des enregistreurs intégrés à des systèmes sonar et radar. Son premier enregistreur embarqué autonome est utilisé lors des essais d'un engin sous-marin. Sans opérateur à bord ni possibilité de recommencer, l'appareil doit démarrer seul, résister aux chocs et conserver les données de toutes les voies.
Un centre d'essais en vol sollicite ensuite ETEP pour un enregistreur. L'entreprise adapte alors ce même savoir-faire à l'avion. Elle reprend le principe du 816H : de nombreuses voies multiplexées sur une seule bande, avec une base de temps commune, cette fois pour une utilisation en vol.
Le format d'enregistrement prend le nom de D.T.MUX, pour Data Tape Multiplexed. Les produits d'ETEP portent encore ce nom aujourd'hui.
Les grandes étapes
faire défiler
| Année | Étape |
|---|---|
| 1979 | Fondation d'ETEP par Jean-Patrick Caille et premiers équipements pour la Marine nationale. |
| 1980 | Mise en production des premiers enregistreurs physiologiques portables. |
| 1982 | Lancement du 816H Multiplex, un enregistreur portable qui multiplexe plusieurs voies sur une seule bande. Installation dans des locaux spacieux et adaptés. |
| Années 1990 | Développement d'enregistreurs intégrés aux systèmes sonar et radar, puis des premiers enregistreurs embarqués pour les essais d'un engin sous-marin et les essais en vol. |
| 1997 | Développement d'enregistreurs pour le suivi des vols de la fusée Ariane, pour les stations de télémesure du CNES et de l'ESA. |
| 2005 | Obtention de la certification ISO 9001, maintenue sans interruption depuis. |
| 2006 | Installation d'ETEP à Cuers, à une vingtaine de kilomètres de Toulon. |
| 2008 | Lancement du Sentinel, un enregistreur de vol conçu pour protéger les données en cas d'accident. |
| 2018 | Lancement du D.T.MUX NanoX, la plateforme d'acquisition modulaire. |
| 2020 | Mise en place d'un laboratoire interne complet d'essais en environnement. |
| 2023 | Obtention de la certification aéronautique EN 9100. |
| 2025 | Mise en service des premiers équipements ETEP dans l'espace. |
L'héritage des premières années
- Concevoir l'intégralité du système en interne. Électronique, logique programmable, logiciel et mécanique sont toujours développés au sein de l'entreprise. Cette approche remonte à une époque où les besoins spécifiques des centrales d'acquisition pour hydrophones et des enregistreurs portés sur la personne imposaient de concevoir des solutions sur mesure. Chaque chaîne d'acquisition disposait alors de son propre logiciel. LAB D.T.MUX et D.T.MUX Viewer s'inscrivent dans cette continuité.
- Garantir la fidélité des mesures. Les signaux de très faible amplitude issus d'un hydrophone ou d'une électrode exigent une grande rigueur. Amplificateurs, filtres et bases de temps doivent être vérifiés avant que l'on puisse se fier aux mesures. Cette même exigence s'applique aujourd'hui aux jauges de contrainte, aux bus avioniques et à la vidéo.
- Privilégier la compacité, l'autonomie et la robustesse. Les contraintes des équipements marins et des enregistreurs physiologiques portables ont façonné la conception des systèmes embarqués d'ETEP. Chaque gramme, chaque milliwatt et chaque connecteur comptent.
- Faire évoluer le format D.T.MUX. Né du multiplexage sur bande, ce format structure toujours les données des enregistreurs ETEP. Les enregistrements peuvent être convertis sans perte au format IRIG 106 Chapter 10.
À la mémoire de notre fondateur, Jean-Patrick Caille
Malgré sa disparition en 2014, ETEP poursuit son œuvre : concevoir des instruments capables d'enregistrer fidèlement des mesures réalisées dans des conditions que l'on ne peut pas reproduire à l'identique, et cela depuis plus de quatre décennies.
Cet article lui est dédié.